éditorial

du 14-01-2011
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau

Les jeunes ont du talent
(toujours plus)
C’est sous ce titre (sans la parenthèse) que je saluai l’année dernière le prix Icart de l’art contemporain : le talent des organisateurs répondait parfaitement au talent des artistes sélectionnés, et cela augurait bien de l’avenir. C’est ce qui se vérifie aujourd’hui avec Eleven, une sélection de onze artistes de moins de 35 ans pour 2011, parmi 700 dossiers parvenus aux neuf étudiants du master « marché et commerce international del’art » à l’Institut supérieur des Carrières Artistiques, volontaires pour la préparation et la gestion de l’événement. Il y avait eu 200 dossiers l’année dernière, ce qui atteste de l’audience croissante du prix et du grand nombre de jeunes artistes légitimement désireux de montrer leur travail. Chacun des onze lauréats a pu présenter trois œuvres dans 300 m2 prêtés par l’espace Cardin le 11 janvier (le gagnant du prix aura une exposition personnelle organisée par la galerie Catherine Houard, rue Saint-Benoît à Paris, en février).

L’entrée était libre et vous l’avez ratée ? Qu’à cela ne tienne : nos brillants étudiants ont installé un site internet très bien fait. En le consultant, vous pourrez vous mettre à la place des membres du jury composé de professionnels du monde de l’art (21 personnalités ont accepté de siéger) :www.prix-icart.com . Deux peintres seulement, tous les autres artistes pouvant être classés installateurs ou pratiquant la photo-installation ou encore la vidéo-installation : cela correspond certainement au goût des jeunes sélectionneurs mais aussi au fait que les 700 dossiers étaient principalement composés de la sorte.

Vous découvrirez ainsi Carlotta Bailly-Borg, peintre empruntant à la mythologie, à la culture populaire et à l’art classique. L’installatrice anglaise Emma Tandy encadre soigneusement des objets de la vie quotidienne récupérés après avoir été jetés. Ils sont tous joyeusement colorés : réflexion ludique sur une réalité plutôt triste. Autre installatrice, la chinoise Wenjing Wang traite avec sobriété le thème de l’explosion contemporaine de l’information. Le Colombien Marcos Avila multiplie les techniques pour s’interroger avec élégance sur les écarts culturels caractérisant notre monde globalisé. C’est à l’art conceptuel que l’on pourrait rattacher Jérémie Bennequin qui efface des livres et expose en tas les fragments de gomme qui en résultent. L’installateur Jérémy Gobé s’inspire des décors du Magicien d’Oz pour créer un univers de phantasmes d’enfants. Florent Lamouroux joue avec son matériau de prédilection, le sac-poubelle, et le Dominicain Joaquin Taveras met en scène avec humour des photographies parlant d’amour. Arnaud Verley et Philémon mêlent le banal au spectaculaire dans des installations absurdes. Matthieu Crimersmois construit des costumes en vinyle alors qu’Anthony Duranthon, peintre, utilise avec ironie et admiration des références empruntées à Hockney ou Warhol. Tous ont un talent évident : le prix Icart a bien atteint son but qui est de « promouvoir de jeunes artistes encore inconnus ».

J.-L. C.
jl.chalumeau@usa.net
éditorial du 14-01-2011