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Catalogue des diplômés de l'ENSBA 2012, texte de Hélène Meisel


La croisade anti-peinture menée par certains artistes conceptuels au tournant des années 1960 n’aura pas abouti à l’éradication qu’elle annonçait. Même si nombre d’entre eux optèrent pour la table rase incendiaire, la toile a bel et bien survécu à travers plusieurs options, dont celle d’une « peinture de signes » (sign paintings). C’est dans cette alternative que s’inscrit la démarche d’Emma Tandy, également influencée par la réclame d’un pop anglais et les rébus visuels à la René Magritte. Loin en effet de la sobriété conceptuelle, l’artiste emploie une palette de kermesse, réduite à des aplats rouges, jaunes, verts et bleus, et cultive le jeu de mots. Sur certaines de ses toiles figurent simplement les mots Oil on Canvas (2012), tautologie résumant l’étiquette de composition dont Mel Ramsden donnait le détail en 1968 : 100% Abstract avouait être constituée à 12% de poudre de bronze cuivré, à 7% de résine acrylique et à 81% d’hydrocarbure aromatique. Mais au-delà de cette littéralité, peut-être pince-sans-rire, ce qui caractérise la peinture d’Emma Tandy, c’est sa tendance au nonsense anglais. Ni ironique, ni comique, le nonsense tient de l’absurdité guillerette, potentiellement issue d’une logique jusqu’au-boutiste ou d’un excès de raison. Certains des mots peints par l’artiste rendent ainsi hommage aux spécimens les plus savants et incongrus de la langue anglaise : par exemple, l’abracadabrant floccinaucinihilipilification, formule érudite et latinisante, forgée dans des confréries universitaires pour désigner l’action de minorer ou de banaliser l’importance des choses…

Hélène Meisel