(Vernissage des enfants le dimanche 18 / 11 à 15h dans le cadre des semaines isséennes des droits de l’enfant)


Emma Tandy est une artiste britannique qui vit et travaille à Issy-les-Moulineaux. Elle est diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Ses oeuvres nous entrainent dans un monde imaginaire ou le végétal se multiplie. Des arbres qui poussent anormalement, des feuillages qui remplissent les espaces à une vitesse incroyable. Une très belle esthétique précise et délicate qui accompagne le visiteur dans un monde qui interroge le réel et l’imaginaire.

Elle imagine un avenir dystopique où un phénomène fait pousser et multiplier la végétation avec une ampleur effrayante. Des arbres qui poussent anormalement, des feuillages qui remplissent les espaces à une vitesse incroyable. « En coupant les branches qui avaient complètement obscurci la fenêtre, je découvrais que le tracteur dans le champ, encore hier clairement reconnaissable, était désormais intégralement recouvert d’un épais feuillage luxuriant. Mère Nature confortait sa domination et la seule chose que j’avais en tête était le message inscrit sur les panneaux : La fin est proche ».


Dominature

6th-28th November 2018

Private View Thursday 8th November from 6.30pm

 

Emma Tandy imagines a dystopia where a phenomenon makes vegetation multiply at an alarming pace. Trees that grow abnormally fast, leaves filling spaces with incredible speed. "Cutting back the branches that had completely filled the window, I noticed that the tractor in the field, which was still clearly visible just yesterday, was now completely covered in a rich, dense foliage. Mother Nature's domination was well underway and the only thing I could think of was the message on the signs : 'The End is Nigh'.”



Green Things

The government really had tried to warn us during the week.  I had watched some of the outbreaks on the news in exotic, far-away places like sub-saharan Africa or some Chinese province I had never heard of.  The whole concept seemed utterly surreal and foreign to me, one of those things that you only see on the news, something that happens to other people, but not me. Not here.

It was one of those summers when one can’t remember if it was a Wednesday or Thursday, and in fact it was probably a Monday.  I was sitting on a wall watching a tractor bumbling along in a field on the other side of the valley, patiently uprooting and churning row after row of heavy orange clay.  I had not noticed how within the last few minutes the blades of grass in the field had thickened and the trees swollen up.  It was only when a movement from an ornamental potted cactus I had bought just that week caught my eye and with a nauseous realisation I knew that the Green Things phenomenon was real.

I felt hot and cold at once, my cheeks and ears started burning furiously and my heart felt as though it was pounding in my head. The cactus that had been a mere five centimetres in height only at lunchtime was now towering over the geraniums, I would not have recognised it had it not been for the tiny red pot that somehow still housed the root of this bright green mass. My ears felt as if they were being filled with hot sand, panic filling my every cell.  I had seen the news stories and knew the outcome, fear enveloped me as I looked out at the other plants following suit.  Their bases were small and fragile, yet somehow the branches and leaves were multiplying before my eyes. 

I heard a scream from the neighbour's garden and saw what would appear to be an enormous bonsai or ornamental plant looming over their roof.  I looked over at our house and saw that the house plants had already been infected, the kitchen window was practically entirely obscured by cacti.  I tried to think of the protocol the government had been sending out over the last few days, but all I could remember were the words on the top of the page: The End is Nigh…


Green Things (Les choses vertes)

Le gouvernement avait vraiment essayé de nous mettre en garde pendant toute la semaine. J’avais bien suivi les nouvelles et constaté l’apparition de foyers épidémiques dans des endroits exotiques comme l'Afrique sub-saharienne ou encore de lointaines provinces chinoises. Cette situation était surréaliste et m’était totalement étrangère. Vous savez, une de ces choses que vous ne voyez qu’à la télévision et qui n’arrive qu’aux autres... En tous cas pas à moi, pas ici.

C’était un de ces étés où l’on oublie si nous sommes un mercredi ou un jeudi. En fait, nous étions probablement un lundi. J’étais assise sur un mur en train d’observer un tracteur qui avançait en cahotant le long d’un champ de l'autre côté de la vallée. Tranquillement, il labourait rangées après rangées en soulevant de lourdes mottes d’argile orange. Je n’avais pas encore remarqué à quel point les brins d'herbe du domaine avaient soudainement pris du volume ni que les arbres avaient anormalement gonflé en l’espace de quelques minutes. Ce n’est seulement qu’après avoir vu bouger le cactus que je venais d’acheter, que j’ai pris conscience, avec dégoût, que le phénomène « Green Things » était bien réel.

J’avais trop chaud et trop froid à la fois, mes joues et mes oreilles commençaient à brûler terriblement et je pouvais sentir la pression de mon cœur jusque dans ma tête. Le cactus qui mesurait encore à peine 5 centimètres à l’heure du déjeuner se voyait maintenant dominer les géraniums ! Je ne pouvais le reconnaître, il n’était plus du tout calibré pour son petit pot rouge qui abritait pourtant toujours les racines de cette grande masse verdâtre. Mes oreilles me donnaient l’impression d’être remplis de sable chaud et la panique était en train d’envahir toutes les cellules de mon corps. J’avais vu les reportages sur ce phénomène et en connaissait la finalité. Je regardais les autres plantes suivre cette terrible réaction en chaîne et cela me terrorisait. Leurs bases étaient si petites, si fragiles et pourtant, leurs branches et leurs feuillages se déployaient devant mes yeux.

Après avoir entendu un cri dans le jardin des voisins, j’ai pu voir ce qui semblait être un énorme bonsaï ou une plante semblable, se dresser au-dessus de leur toit. En regardant dans notre maison, je découvrais avec stupeur que toutes les plantes avaient déjà été infectées et que la fenêtre de la cuisine était déjà obscurcie par les cactus. J’essayais en vain de me souvenir du protocole que le gouvernement avait diffusé au cours des derniers jours, mais la seule chose dont je puisse me souvenir était ces mots sur le haut de la page: la fin est proche ...

Emma Tandy, 2015 


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